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Convergence entre télécoms et médias : l’Afrique peut-elle se la permettre ?
Français, Télécoms

Convergence entre télécoms et médias : l’Afrique peut-elle se la permettre ?

En 2016, AT&T, l’un des leaders des télécoms aux Etats Unis avec plus de 130 millions d’abonnés, annonçait le rachat des studios Time Wargner, propriétaires des chaînes telles que HBO (qui produit notamment la série Game of Thrones) et CNN. En Europe, c’est l’opérateur télécom SFR qui acquérait les droits de diffusion de la ligue des champions de Football  2018-2021 ou encore lançait plusieurs chaînes en propre, dont 6 sportives (SFR Sport 1, …). Vous l’aurez compris, de plus en plus d’opérateurs télécoms s’intéressent au secteur des médias.

D’où vient cette tendance des opérateurs télécoms implantés en Europe ou sur le continent américain à « converger » vers le secteur des médias ? Observe-t-on le même phénomène sur le continent africain ?

Mais avant, situons un peu les choses!

Secteur télécom, secteur média : de quoi parle-t-on ?

Bien que le secteur télécom fasse référence aux activités liées à l’exploitation des satellites, des câbles et également à la téléphonie mobile, il s’agit plutôt dans cet article des opérateurs exerçant principalement dans la téléphonie mobile et aussi la fourniture d’accès à Internet (mobile et fixe).

Le secteur des médias quant à lui regroupe toutes les entreprises qui interviennent dans :

  • la production d’information ou de programmes (agence de presses,…),
  • la diffusion de ces informations (presse écrite, radio, chaînes TV, sites d’information,…)
  • la commercialisation des espaces de publicité (régies publicitaires)

Pour cet article, le secteur des médias fait référence essentiellement aux diffuseurs d’information (chaînes TV en tête).

A présent…

Convergence télécoms-médias, tentative d’explication

Lorsqu’un opérateur télécom acquiert un consortium de médias, l’objectif affiché est clair : contrôler le contenu visualisé par ses abonnés. En effet, les opérateurs télécoms, fournisseurs de connectivité réseau et d’accès à Internet ont longtemps joué le rôle d’ « enabler ». Ce rôle a impliqué des investissements massifs dans l’implantation des réseaux permettant à tous d’avoir accès à Internet et réaliser nos activités.

Aujourd’hui, les acteurs dits Over The Top (OTT) ont profité de la démocratisation d’Internet, impulsée par les acteurs télécoms afin de proposer des contenus inédits à consommer aux internautes. En clair, et pour caricaturer, voici ce qui se passe. J’utilise un forfait Internet (mobile ou ADSL) fourni par un opérateur mobile, mais tous les contenus qui épuisent mon forfait internet proviennent soit de Facebook, Google, Youtube, Netflix et autres plateformes de vidéos à la demande.

En Europe et aux Etats-Unis, où la télévision payante (type Canal+ en Cote d’Ivoire) est en phase de déclin, le streaming est en pleine expansion. Les contenus se consomment donc sur Internet, et les opérateurs télécoms de ces régions espèrent se faire des profits en produisant et/ou diffusant les contenus qui sont consommés sur leurs réseaux. Cette nécessité est d’autant plus forte que le marché de la fourniture d’accès à Internet tend à saturer dans ces pays. Les profits également pourraient être affectés. Toutes ces raisons ont surement milité en faveur de rachats de sociétés médias par les opérateurs télécoms.

 Faire converger télécoms et médias en Afrique ? 

Sur le continent africain, bien que les services numériques et le nombre d’internautes soient en nette augmentation ces dernières années, la consommation numérique (streaming essentiellement) tarde encore à réellement exploser. Hormis les vidéos courtes virales essentiellement relayées sur les réseaux sociaux, le marché de la vidéo à la demande et de la TV en ligne est encore faible en 2017

Pourtant, Econet, le groupe télécom africain du milliardaire Zimbabwéen Strive Masiyiwa entend bien se définir comme un groupe de télécoms et de média à part entière en créant fin 2015, Eco média, la branche média de son groupe de télécom ! Cette branche dispose de son service de streaming VOD et de TV en ligne, Kwesé, avec des droits de diffusion de chaînes notables telles que CNN, Trace, et également des droits de retransmission de la coupe du Monde Russie 2018. Hormis l’avantage de pouvoir également vendre ses droits de diffusion à des entreprises tierces intéressées, Econet peut également proposer du contenu qui lui est propre à ses abonnés sur son réseau dans les 20 pays où le groupe est représenté. En outre, Econet media a annoncé, au dernier trimestre 2017 sa volonté de produire et distribuer des contenus produits localement sur le continent africain.

De mon avis personnel, bien que Kwesé cible les « millenials »[1] africains, la chaîne mise également sur le long terme en anticipant les futurs usages des internautes africains, en matière de consommation de contenus en ligne, mais également de contenus typiquement africains, loin des stéréotypes de Hollywood.

 

En définitive

Faire converger télécoms et médias se fait forcément à coup de milliards. En Afrique, si cette convergence a lieu, elle pourrait être l’occasion pour les jeunes créateurs locaux de se faire connaître à travers la production de leurs programmes par les acteurs télécoms intéressés par le monde des médias. D’autres acteurs télécoms africains pourraient ainsi emboiter le pas à Econet et contribuer à démocratiser la consommation de contenus en ligne. Toutefois, le marché africain se révèle bien difficile tant la masse critique de « millenials » africains capables de consommer ces contenus tarde à être significative. Ce dernier constat pourrait sans doute justifier le fait que les opérateurs télécoms avancent prudemment sur ce secteur. Parce qu’après tout, investir énormément dans les contenus au détriment de la qualité du réseau, c’est bien un luxe qu’aucun opérateur télécom ne peut se permettre au risque de s’écarter fortement de son cœur de métier et perdre des abonnés.

 

Quelque chose à ajouter? Dites-le en commentaires

 

 

[1] Se dit des personnes nées entre 1981 et 1996. Ces personnes seraient très utilisatrices d’Internet donc de contenus digitaux (vidéos, musique, …)

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Written by Jean Jacques Abe in 06/04/2018 / 144 Views

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