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Monétiser son application mobile en Afrique: quelles particularités? (2/2)
Français, Numérique

Monétiser son application mobile en Afrique: quelles particularités? (2/2)

Depuis quelques années, l’entrepreneuriat en Afrique est avant tout, celui du numérique…celui des applications mobiles. Dans notre premier chapitre (que vous pouvez retrouver ici), nous faisions un panorama des modèles de monétisation existants. Nous présentons ici  quelques obstacles à la monétisation et les solutions pouvant y remédier en Afrique.

[English version here]

Obstacles à la monétisation des apps en Afrique

Mon analyse considère uniquement les applications mobiles développées sous Android. En effet, selon Ovum, plus de 85% des applications utilisées à travers le monde, le sont sous Android.

Hormis le problème de la pénétration des Smartphones qui demeure basse, bien que connaissant un fort taux de croissance ces dernières années, le frein majeur à la monétisation des apps africaines est  l’insuffisance des moyens de paiement à disposition à la fois des concepteurs d’application et des utilisateurs finaux.

  • Concepteurs d’application : Hormis le Nigéria et l’Egypte, Google play n’offre pas la possibilité aux développeurs d’applications en Afrique de disposer d’un compte marchand. En d’autres termes, tout développeur ne résidant pas dans ces 2 pays ne peut pas proposer d’applications payantes sur la plateforme. De ce fait, il est impossible pour un développeur africain sous Android de recevoir également de l’argent d’un éventuel annonceur qui désirerait utiliser son application à des fins de publicité.
  • Utilisateurs finaux : le faible taux d’utilisation des cartes de crédit sur le continent freine toute utilisation des moyens classiques de paiement internationaux. Ainsi, l’utilisateur final africain ne disposant pas de carte de crédit et ayant accès à la célèbre application Pokémon Go depuis Play Store ne fera sans doute pas d’acte d’achat (in-app purchase) pour débloquer des fonctionnalités de l’application simplement parce que Play store ne lui propose pas de moyens de paiement alternatifs aux cartes de crédit.
  • La cyber-fraude : elle constitue de plus en plus un motif de dissuasion d’effectuer des paiements via application mobile pour les utilisateurs d’applications d’Afrique centrale et australe

Quelles solutions ?

1. Les API des opérateurs de téléphonie mobile

En Afrique, le Mobile Money est incontestablement le moyen de paiement le plus démocratisé après le cash. En 2014, La banque Mondiale[1] estimait à seulement 17,9% le nombre d’adultes disposant d’une carte de crédit. Ce chiffre tombe à 8,7% lorsqu’il s’agit des utilisateurs effectuant régulièrement des achats via internet (e-commerce, in-app purchase, etc).  A titre de comparaison, le Mobile Money en Afrique subsaharienne, c’est 34% de taux de pénétration des adultes, 84 millions de comptes actifs pour 222,8 millions de comptes enregistrés en 2015.

 

Pénétration du Mobile Money dans le monde, GSMA

Logiquement, ce moyen de paiement constitue une solution inouïe pour les concepteurs d’application qui veulent monétiser leur application.

Le fait que Play Store ne propose pas pour le moment ce moyen de paiement répond à une certaine logique. Les développeurs africains ont été pendant longtemps très peu présents non seulement sur l’app store mais aussi en termes d’utilisateurs. A mon avis, cela a sans doute justifié le fait que des moyens de paiement aussi populaire que le mobile money ne soit pas encore intégré sur Play Store.

Heureusement, les opérateurs de téléphonie mobile du continent ont pris la mesure du problème et proposent de plus en plus des API permettant de faciliter le paiement.

  • API de type Direct Carrier Billing : Grâce à ces API, il est possible de facturer le client directement depuis son solde prépayé.
  • API Mobile Money : les développeurs ont la possibilité de recevoir des paiements de clients par mobile money.

La limite toutefois de ces API réside dans la non-interopérabilité entre les monnaies mobiles des opérateurs et leur système de facturation sur le continent. En clair, un développeur ivoirien qui décide d’intégrer l’une des 2 API des opérateurs mobiles locaux ne pourra malheureusement pas monétiser son application hors de son pays s’il le souhaite.

2. La publicité sur mobile, une arme encore sous-exploitée

Relativement à la publicité,  à ma connaissance, il n’est pas possible de pouvoir percevoir des revenus liés à la publicité sur mobile à partir de ces API. Toutefois, le service Admob de Google est adéquat pour la publicité sur mobile car il permet aux développeurs de percevoir leur argent via des services comme Western Union, très populaire sur le continent.

Une fois défini le moyen de paiement le plus approprié, il faut pérenniser ses revenus publicitaires. Bien que la publicité demeure le canal d’avenir, il peine à drainer des revenus conséquents : 46% des développeurs d’applications utilisent ce moyen et seulement 17% d’entre eux génèrent plus de 10 000$ par mois.

 La solution pour les développeurs consistera à éviter 2 écueils :

  • La publicité n’améliorant pas l’expérience client: une annonce publicitaire mobile nous empêchant quasiment de continuer à naviguer dans notre application favorite contribuera forcément à nous faire délaisser l’application en question. Il est du ressort du développeur de ne pas détruire l’expérience client.
  • La publicité n’apportant aucune valeur au client : elles sont ignorées par le client dans 95% des cas. Par exemple, si une publicité relative à des gadgets est présentée à un client pendant qu’il utilise une application qui fait des recommandations de gadgets, la publicité apporte de la valeur à ce moment au client.

L’application de Facebook a su éviter ces écueils et présente des publicités, apportant une certaine valeur au client, en fonction de son interaction passée avec l’application. Elle  améliore ainsi l’expérience-client sur son application.

Monétiser le contenu et l’audience de son application n’est pas une tâche facile pour les développeurs dans leur ensemble. En Afrique, la tâche est plus ardue du fait de la faible pénétration des moyens de paiement classique. La forte pénétration du mobile constitue un énorme potentiel à exploiter afin d’accompagner la nouvelle génération d’entrepreneurs du digital du continent dans la monétisation et la rentabilisation de leurs business. Enfin, la publicité sur mobile doit être mieux exploitée.

Des difficultés à monétiser votre application sur le continent? Comment contournez-vous ces difficultés? Rejoignez la discussion et dites-le nous en commentaires.

*Contributeur: Brice Yao

[1] World Bank Global Findex 2014

[2] Pokémon Go est un jeu en réalité augmentée. Le joueur dirige un avatar, dont il peut personnaliser l’apparence et la tenue à la création de son compte, sur une carte utilisant la géolocalisation du joueur

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Written by Jean Jacques Abe in 21/04/2017 / 239 Views

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