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Transport urbain en Afrique: le numérique peut-il moderniser le secteur ?
Français, Stratégie

Transport urbain en Afrique: le numérique peut-il moderniser le secteur ?

Le constat est frappant, les villes africaines s’urbanisent très rapidement ces dernières années. La part des citadins dans la population africaine est passée de 14 % en 1950 à 40 % actuellement. S’il a fallu 110 ans à l’Europe, entre 1800 et 1910, pour passer de 15 % à 40 % de citadins, cette évolution n’a pris que 60 ans en Afrique. Une telle évolution implique une évolution quasi similaire des infrastructures routières et des moyens de locomotion.

“Gbaka”, « warren » à Abidjan, “Danfo” à Lagos, ‘combi ‘ à Johannesbourg ou encore “Takisi” à Kampala! Ce sont les maîtres du transport urbain informel dans les capitales africaines

Pourtant, le constat est tout aussi frappant : les infrastructures de transport (moyens de locomotion et infrastructures routières) ont peu évolué ces dernières années. En s’intéressant aux moyens de locomotion terrestres, on s’aperçoit très vite qu’ils sont très peu nombreux et ne s’accommodent guère de normes de qualité.

Dans les villes africaines, le secteur informel privé s’est peu à peu substitué aux structures étatiques débordées par l’urbanisation rapide. “Gbaka”, « warren » à Abidjan, “Danfo” à Lagos, ‘combi ‘ à Johannesbourg ou encore “Takisi” à Kampala! Ce sont les maîtres du transport urbain informel dans les capitales africaines. Que peut-on apprendre de leur succès auprès des populations? Quelles solutions digitales pour moderniser le secteur?

Leçons d’un positionnement presque réussi

Le transport urbain informel, en dépit de tout ce que l’on pourrait lui reprocher en termes de faible qualité de service (sécurité, confort, attention portée au client) répond à un besoin réel de sa cible. Voici quelques-uns de ses atouts :

  • Accessibilité du produit: une caractéristique importante lorsque l’on vend un produit. Ces transports informels ont réussi ce pari. Hormis certaines heures de pointe,  ils sont disponibles de façon quasiment continue, à chaque coin de rue des quartiers populaires. Nul besoin d’avoir une application mobile Uber (ou Africab en Cote d’Ivoire) pour réserver ces véhicules. Ils sont disponibles et prêts à l’emploi, et cela fait la différence quand il faut se rendre à un rendez-vous urgent.
  • Pricing dynamique (ou personnalisé ?): Certaines personnes ne l’appellerait pas de cette façon, mais je crois qu’il s’agit bien de ce système. En effet, en période creuse, où la demande est faible, leur prix subissent des rabais, le prix semblant évoluer comme sur un marché boursier, en fonction de l’offre et de la demande. Aussi, à l’image du marchandage qui se fait dans les grands marchés africains devant les étalages, ils demeurent flexibles sur leurs tarifs, s’ils souhaitent faire embarquer un nouveau client, en période de faible affluence.

Pourtant, les arguments détracteurs de ces transports informels sont totalement légitimes et se résument à l’indiscipline des conducteurs.

L’indiscipline, une seconde nature sur les routes africaines

En Afrique, l’heure n’est peut-être pas encore aux taxi-volants de Dubai ou encore aux tunnels souterrains anti-embouteillages proposés par Elon Musk, mais de petites actions pourraient contribuer à lever les frictions observées sur les routes africaines.

En analysant de plus près les raisons pour lesquelles ces transports causent une certaine anarchie sur les routes africaines, l’on pourrait résumer ces raisons comme ceci :

  1. Problèmes de monnaie : payer sa course et recevoir sa monnaie de la part du transporteur semble banal mais occasionne des stationnements anarchiques sur les routes.
  2. Désir de faire bonne recette : parce qu’ils pratiquent des tarifs relativement bas, ils doivent rentabiliser sur le volume de passagers transportés dans la journée. Cela conduit à des excès de vitesse sur les routes.
  3. Méconnaissance du code de la route : Malheureusement, cette méconnaissance est une autre raison pouvant justifier le désordre.

Quelles solutions digitales pour remédier à l’indiscipline sur les routes ?

  • Résoudre les problèmes de monnaie peut sembler facile tant il existe des solutions de paiement mobile proposés par les opérateurs mobiles. Pour le moment, l’adoption de ces solutions devant faciliter les problèmes de monnaie n’est pas au rendez-vous. Se prémunir d’un TPE (Terminal à Paiement Electronique) semble être une réelle barrière d’entrée pour les transporteurs de l’informel. Par contre, un système permettant de s’échanger de l’argent directement par NFC[1] (à l’image de “MoMo Tap” de MTN ou “Passer c Payer “d’Orange en Cote d’Ivoire) entre téléphone mobiles, sans usage de TPE permettrait un gain de temps énorme dans les transactions et éviterait les stationnements abusifs qui sont, dans bien des cas, destinés à résoudre les problèmes de monnaie entre le transporteur et le client.
Credit image: Windows.com
  • La méconnaissance du code de la route ? difficile parfois d’utiliser cet argument comme justification de l’anarchie sur nos routes. L’avènement de la voiture autonome, vantée pour ses promesses de sécurité peut sembler être une solution obligeant au respect du code de la route. Pour le moment, certains pays, comme la Côte d’Ivoire ont entrepris d’instaurer le système de permis de conduire à points comme solution au problème. Pour accompagner ces initiatives, l’on pourrait équiper les flottes de véhicules des transporteurs de systèmes connectés aux plateformes de gestion des permis à points afin de remonter rapidement les infractions commises à des endroits de faible couverture par les agents de la police routière. Cette solution pourrait se baser sur des technologies existantes de géolocalisation de véhicules.
Crédit image: ADFLEET

 

L’urbanisation rapide en Afrique met d’énormes pressions sur les moyens traditionnels de transports dans nos villes africaines. Le chantier est immense et les technologies de l’information peuvent y aider. Elles peuvent paraître couteuses mais s’avèrent nécessaires pour préserver nos vies et faire face à cette urbanisation qui, selon les projections officielles,  ne va pas ralentir ces prochaines années.

 

[1] Near-Field Communication

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Written by Jean Jacques Abe in 12/10/2017 / 347 Views

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